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Profil d’un DJ qui fait vibrer les scènes underground

Profil d’un DJ qui fait vibrer les scènes underground

Profil d’un DJ qui fait vibrer les scènes underground

Dans l’ombre des platines : immersion dans l’univers de DJ Swooh

À la croisée des clubs industriels désaffectés de la banlieue parisienne et des caves moites de Berlin, un nom commence à tourner dans le circuit très sélect de l’underground électronique : DJ Swooh. Ce nom ne vous dit peut-être rien si vous vous limitez aux playlists Spotify les plus populaires. Mais dans les milieux avertis — collectifs alternatifs, festivals off, événements post-minuit — Swooh est déjà une référence montante.

Notre objectif aujourd’hui ? Comprendre ce qui se cache derrière ce DJ atypique, qui fait vibrer les scènes les plus secrètes du paysage électro français. Coup d’œil sans fard sur un parcours qui mêle sens de la sélection, attitude DIY et obsession pour la texture sonore.

Un parcours construit hors des sentiers balisés

Pas de passage par les grandes écoles de prod ou les concours de beatmaking ici. Swooh, 28 ans, s’est formé tout seul, casque vissé sur les oreilles, entre tutoriels Ableton et vinyles chinés à prix cassé dans les brocantes du 93. Il commence à mixer sur une Hercules DJ Control qu’un pote lui file au lycée. Son truc à lui ? Le grain brut, l’épuré, les textures qui accrochent.

Son premier set devant un public ? Une soirée illégale sur les quais à Ivry, avec un public fait de skateurs, de graffeurs et de fêtards venus chercher un peu plus qu’un BPM régulier. “Je mixais au générateur, dans une moiteur totale. Le son saturait, mais les gens ne bougeaient pas. Ils vibraient. C’est là que j’ai su que je tenais quelque chose.”

Depuis, pas de promo Instagram à outrance, pas de collab’ avec des marques : ses dates se transmettent principalement via du bouche-à-oreille. Une stratégie choisie ou une contrainte ? Swooh assume : “Je préfère créer une expérience que vendre un produit.”

Une signature sonore unique : entre garage UK, techno industrielle et sonorités world

Le truc avec Swooh, c’est qu’il ne se contente pas d’aligner des morceaux. Chaque set est structuré comme un récit — parfois exigeant, souvent déstabilisant, mais toujours cohérent. Il peut démarrer avec un beat aux accents grime, monter en intensité avec une techno rugueuse de Détroit, et s’échouer inopinément sur une nappe ambient algérienne samplée à la volée.

Il casse les lignes, joue sur la rupture. Et ce n’est pas un hasard : “J’ai grandi avec IAM, Aphex Twin et les compiles ‘Rares Groove’ de mon daron. Le mélange est dans mon ADN.” Bref, pas question de coller une étiquette. Underground ne veut pas dire obscurité pour obscurité, mais plutôt refus des tracés prémâchés.

Vous voulez un exemple ? À la dernière soirée “Raw Tunnel” dans un ancien dépôt RATP, il a balancé en live un mashup improbable entre un track de Surgeon et une voix de Nina Simone passée à travers un filtre delay. Ça a scotché tout le monde. Et c’est exactement ce qu’il cherche : créer de la surprise sans sacrifier la ligne directrice.

Une scène underground en mutation, entre indépendance et hybridation

Il faut comprendre une chose : le paysage des DJs alternatifs a évolué ces dix dernières années. Si les clubs institutionnels (Rex, Concrete à son époque…) restent des phares, les vrais laboratoires de sons sont aujourd’hui dans les lieux éphémères, les friches culturelles et les événements sans line-up affiché.

DJ Swooh s’inscrit dans cette dynamique : préférer l’authenticité brute au branding marketé. Mais ça ne veut pas dire refuser toute structure. Il est ainsi actif dans un collectif monté avec trois autres DJs et un VJ : “Low Fréq”, qui organise des soirées immersives où la lumière, l’image et le son s’entrelacent pour créer un tout sensoriel.

L’objectif ? Offrir autre chose qu’un simple dancefloor. Créer une expérience qui nous sort du “consommer de la musique à la va-vite”. À contre-courant, et ça fait du bien.

Des sets sans concession, mais pensés pour l’instant collectif

Swooh n’est pas là pour flatter l’ego. Son énergie, il la met dans la construction d’un moment. Pendant ses sets, il évite le micro, refuse les jeux de scène trop tape-à-l’œil. Il se place en retrait pour mieux valoriser l’adhésion collective.

Il résume son approche en une phrase : “Un bon set, c’est quand je regarde le public en fin de soirée et je vois des gens qui ne se sont jamais parlé mais qui dansent comme s’ils se connaissaient depuis toujours.”

Son dernier passage au festival “Bruit de Fond” à Marseille a laissé une trace : un enchaînement de deux heures, intégralement à base de vinyles, dans une salle obscure où le seul éclairage provenait d’un mapping vidéo. Aucun visuel Instagram n’a fuité. Juste des témoignages enthousiastes recueillis en ligne. Pas de traces, mais des souvenirs. C’est peut-être ça, le vrai luxe en 2024.

Une approche éthique du matos et de la diffusion

Dans un monde où la surenchère matérielle est partout — contrôleurs dernier cri, samples pack hors de prix, presets prédigérés — DJ Swooh taille sa route autrement. Il privilégie un setup minimal : deux platines, une table de mixage analogique Allen & Heath, et un bon casque Audio-Technica. Pas de laptop sur scène. “Je fais confiance à mes oreilles, pas à une waveform qui défile.”

Il pratique aussi l’open-source pour ses productions. Il a notamment partagé récemment sur Reddit un rack d’effets maison développé sur Max for Live, accessible à tous. “Le savoir ne vaut que s’il circule”, précise-t-il. Un pied de nez à la logique propriétaire des gros acteurs du marché du son.

Idem sur la diffusion. Là où beaucoup misent sur Soundcloud ou Spotify pour épingler des likes, il préfère Bandcamp et les cassettes audio. Oui, des cassettes. Il a même lancé une micro-série estampillée “Tape Rituals”, tirée à 50 exemplaires chacune. Sold out à chaque fois.

Pourquoi il faut garder un œil (et une oreille) sur lui

Si vous cherchez l’anti-DJ Instagram, qui mise plus sur la substance que la forme, Swooh mérite votre attention. Parce qu’il propose une vraie vision artistique, mais aussi — ce qui est rare — une démarche consciente et cohérente, de l’origine du son jusqu’au moment de sa diffusion. Un focus sur l’écoute, la matière sonore, et le lien humain qui se crée à travers les BPM bien sentis.

Il y a fort à parier que son nom reste encore un moment caché des algorithmes. Mais si vous êtes du genre à tendre l’oreille vers ce qui sort du cadre, suivez les flyers bricolés, les stories cryptiques et les récits de soirée qu’on se passe par texto entre passionnés. DJ Swooh est là où ça remue pour de vrai.

Et si vous croisez un flyer avec un smiley dessiné à la main accompagné de ces mots : “No Line-Up / Dress Casual / Come Early”, vous saurez que vous êtes au bon endroit.

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