Le streetwear, une affaire sérieuse d’influence
On ne va pas se mentir : aujourd’hui, les influenceurs ne se contentent plus de poser avec le dernier hoodie hype pour choper des likes. Ils sont devenus de véritables architectes de tendances dans le game du streetwear, jusqu’à orienter les choix des marques, dicter les drops, influencer les collabs et même rythmer les collections en boutique. Plus qu’un simple relais de communication, ils façonnent les codes d’une culture urbaine en perpétuelle mutation — et ils le font avec leur propre grille de lecture, entre ego branding, storytelling maîtrisé et présence multi-canal bien rodée.
Difficile de parler mode aujourd’hui sans évoquer ces figures hybrides, mi-créateurs de contenu, mi-directeurs artistiques en coulisses. Mais qui sont ces influenceurs qui imposent les futurs standards du streetwear ? Et comment, concrètement, leur impact se mesure-t-il sur le terrain ?
Des icônes nées sur les réseaux, mais légitimées par la rue
Premier constat : les figures du streetwear influentes en 2024 ne sortent pas forcément des bancs d’une école de mode. Leur formation, c’est Internet. Leur portfolio, c’est Instagram, TikTok, YouTube, parfois Twitch pour les plus malins. Mais tous ont en commun une chose : une forte connexion avec le terrain. Quand on parle de figures comme Bloody Osiris, Aleali May ou encore Wisdom Kaye, on n’est pas dans la simple pose. On est face à des personnalités stylées qui ont digéré les codes du street et savent les réinterpréter avec une cohérence visuelle et culturelle forte.
Bloody Osiris, par exemple, n’est pas seulement un look extravagant qui casse les timelines. C’est aussi un gars qui a bossé avec Virgil Abloh pour Louis Vuitton, qui impose une ligne esthétique autour de l’afrofuturisme et du techwear, et qui n’a pas peur de détourner les silhouettes classiques en y insufflant des vibes post-apocalyptiques.
Aleali May ? Elle fait le pont entre le monde du luxe et celui du street. Elle a co-designé une Air Jordan 1 avec Nike, oui, mais elle l’a fait en étant fidèle à son style de L.A. girl, entre influences chicana, vintage et high fashion. Son impact ? Brutal. Sa paire s’est arrachée en quelques minutes et a élargi les perspectives du footwear féminin dans le streetwear. Voilà ce que ça donne, un vrai move d’influenceuse.
Pourquoi ils sont écoutés (et suivis de près par les marques)
Les marques le savent : ces influenceurs amènent plus qu’un reach publicitaire. Ils donnent de la crédibilité à un message. Quand une figure comme Bloody Osiris ou Wisdom Kaye valide une pièce, voire une marque complète, c’est une onction culturelle. C’est un feu vert donné à toute une génération ultra-connectée, qui va s’identifier, imiter, détourner.
Certaines marques jouent même la fusion, en intégrant directement ces créateurs dans leurs équipes ou leurs campagnes comme s’il s’agissait de directeurs artistiques externes. On a vu A$AP Rocky prendre les rênes de collections capsule avec Guess, puis Raf Simons faire appel à Luka Sabbat pour scénariser les drops Calvin Klein. Ce n’est plus simplement de l’habillage. On parle ici d’influence créative directe sur les produits.
Top 5 des influenceurs qui font (vraiment) bouger les lignes du streetwear
- Bloody Osiris — Personnalité new-yorkaise, avatar du cyber-funk et référence techwear. A collaboré avec Louis Vuitton, Rhude et Heron Preston. Influence forte sur les pièces oversized, le layering extrême et les textures techniques. Il a redéfini l’élégance « sale mais précise ».
- Aleali May — Styliste, sneakerhead et designer de L.A. A fusionné les mouvements chicanos, le luxe et les lignes de sportwear dans sa collaboration Air Jordan. Influence majeure auprès des femmes dans le streetwear, et modèle de réussite sans filtre.
- Wisdom Kaye — TikTokeur texan d’origine nigériane, devenu icône grâce à son sens du mix & match et sa dégaine élégante. Reconnu pour son style avant-gardiste, entre tailoring minimaliste et touches street radicales. A bossé avec Dior, Fendi et Balmain.
- Luka Sabbat — Acteur, modèle, créatif. Impossible de le rater depuis ses collabs avec Kanye West jusqu’à sa série Grown-ish. Hyperactif sur les réseaux, il manie l’art de l’influence comme un businessman. Son style flirte parfois avec l’underground parisien revisité à la sauce new-yorkaise.
- Ivy Park Crew (Beyoncé inside) — Parce qu’il faut aussi parler collectif. La team de créateurs derrière Ivy Park (le label de Beyoncé avec adidas) regroupe stylistes, musiciens et performers qui imposent une esthétique entre empowerment et flair street. Gros impact sur la mode unisexe et la montée du sportswear ultra stylisé.
Les nouvelles règles du jeu (et pourquoi elles changent tout)
Avant, pour faire du bruit dans la mode, il fallait défiler. Aujourd’hui, il suffit de buzzer. La viralité a remplacé le podium, et l’algorithme est devenu le nouveau rédacteur en chef. Sauf que le buzz ne suffit plus : les influenceurs qui marquent le streetwear le font par cohérence, pas par hasard.
Leurs contenus sont pensés comme des éditos. Chaque post, chaque story, chaque drop personnel sont étudiés. Ils créent leur propre univers visuel, souvent plus léché que celui de certaines marques. Ils donnent du sens à la sape, ils racontent des histoires dans lesquelles on peut se projeter — ou dans lesquelles on veut se projeter.
Autre virage important : la communauté prend le pouvoir. Ces influenceurs ne sont plus juste prescripteurs, ils sont aussi curateurs. Dès qu’ils partagent la marque d’un créateur anonyme ou une pièce d’un label en pleine émergence, ça explose. On a vu ça avec Kerwin Frost, qui a propulsé des labels comme Advisory Board Crystals rien qu’en postant deux stories bien placées.
Et les influenceurs français dans tout ça ?
Le terrain local n’est pas en reste. Il suffit de regarder l’impact de figures comme Sami Slimani (reborn dans un style plus mature), Benjamin Eymère (boss de L’Officiel, oui, mais aussi influenceur au sens branding), ou même PLK et Laylow dans le paysage musical — qui imposent des styles vestimentaires repris en masse chez les jeunes.
Ces « créa-entrepreneurs » de la scène française comprennent l’ADN multiculturel du streetwear hexagonal et le traduisent en looks qui mixent sportswear, couture et esprit quartier. Certains comme Youssouf Fofana (Maison Château Rouge) franchissent même les frontières et s’installent durablement dans les radars internationaux.
Le tournant, c’est qu’ici aussi, les influenceurs ne se contentent plus de suivre : ils produisent, conceptualisent, lancent leurs propres labels ou des collabs solides. On l’a vu avec Koba LaD x New Era ou avec SCH et son partenariat avec Bape. Du concret. De l’impact. Pas juste du logo bien placé.
Et nous là-dedans ?
La vérité, c’est que le pouvoir des influenceurs mode dans le streetwear, c’est aussi le reflet de notre manière de consommer. On veut être inspirés mais pas dirigés. On aime l’authenticité mais avec un sens du détail qui tue. Et on zappe à la vitesse d’un swipe, donc seuls ceux qui construisent un vrai univers durable tiennent la route.
Le streetwear a toujours été une culture libre, en marge, aux codes en constante évolution. Aujourd’hui, ce sont les influenceurs qui en tiennent la plume. Ils ne se contentent pas de surfer les vagues, ils les fabriquent. Et si tu veux vraiment comprendre où va cette culture, ce n’est plus sur les podiums qu’il faut regarder, mais dans leurs feeds bien calibrés.
Alors la prochaine fois que tu vois passer une collab chelou entre un inconnu d’Instagram et une grosse maison, pose-toi la question : est-ce que ce n’est pas lui, au fond, qui tient désormais les manettes ?